Depuis quinze jours, cette famille de sept personnes, venue d’Algérie, est hébergée par Emmaüs dans une chambre d’hôtel de la zone Nord. A défaut de mieux.
Depuis quinze jours, cette famille de sept personnes, venue d’Algérie, est hébergée par Emmaüs dans une chambre d’hôtel de la zone Nord. A défaut de mieux.
© Photo NR

L’État limite les aides dédiées à l’accueil des migrants économiques. Emmaüs, qui en paie les pots cassés sur le terrain, interpelle les pouvoirs publics.

Hélène et Bruno Pajot, responsables de la communauté Emmaüs Châtellerault-Naintré, tirent la sonnette d’alarme : « On se retrouve en ce début d’été avec quatre ou cinq familles de migrants sur les bras, à qui on n’a aucune solution d’hébergement pérenne à proposer ».
Pour l’heure, ces familles sont accueillies à l’hôtel ou chez des particuliers volontaires. Mais ces « rustines » ne pourront durer qu’un temps… Ne serait-ce que pour la santé financière de la communauté : « La prise en charge à l’hôtel nous coûte très cher. Alors qu’on n’a déjà plus d’argent et qu’on vit sur nos petites réserves, on est en train de compromettre sérieusement l’avenir de notre communauté. »
“ Il faudrait fermer les yeux et les refuser ? ” A ceux qui invitent la structure à « fermer le robinet » pour « laisser passager l’orage », le couple Pajot – avec l’appui de l’association locale « 100 pour 1 » – répond : « On peut entendre de telles remarques. Mais dans les faits, comment peut-on mettre dehors des gens avec des enfants – pour beaucoup en bas âge ? Des familles débarquent dans notre cour avec leurs valises et nous demandent de l’aide. Il faudrait fermer les yeux et les refuser ? Ce n’est pas aussi simple que ça, malheureusement. »
Pour la communauté locale, ce problème n’est pas nouveau. Et il n’est pas propre à Châtellerault. Simplement, dans un contexte de forte pression migratoire, il prend une dimension supplémentaire.
En effet, l’État français réduit toujours un peu plus les aides dédiées à la prise en charge des migrants économiques, pour se concentrer uniquement sur l’accueil des demandeurs d’asile. Or, Emmaüs Châtellerault-Naintré n’est sollicitée que par les premiers cités ; elle voit donc naturellement les ressources extérieures s’amenuiser.
Pour Bruno Pajot, cette lecture n’est pas en phase avec la réalité : « Ce n’est pas parce qu’on arrête d’aider les migrants économiques que ceux-ci ne viennent plus sur notre territoire. En les prenant en charge, les associations comme Emmaüs ou 100 pour 1 permettent à ces personnes de ne pas être à la rue, et donc à ce qu’il y ait plus de paix sociale, moins de délinquance ; Bref, moins de bordel. »
Aussi, Emmaüs en appelle à une « mobilisation de l’ensemble des décideurs de l’agglomération châtelleraudaise » sur cette question. Un courrier doit être adressé dans les prochains jours aux principales communes de Grand Châtellerault : « On demande l’organisation d’une table ronde au plus vite – au plus tard à la rentrée – pour que chacun, à son niveau, puisse s’exprimer et proposer éventuellement des solutions d’accueil et d’hébergement. C’est vrai, les collectivités sont confrontées à des baisses de dotations. Mais on ne peut pas toujours se cacher derrière cet argument. »
Et le couple Pajot de conclure : « La prise en charge des migrants, ce n’est pas juste des dossiers. »